J'ai perdu le fil rouge !

Marie-José Gilliéron 

La lumière s’en est allée d’un seul coup ...
Je ne sais où !
J’ai des lianes plein le visage.

Silencieuses, elles descendent vers moi doucement par groupes de deux ou trois, seules ou par grappes de vingt ou cinq.

Humides et vertes, plus ou moins fines, plus ou moins rugueuses, certaines se tortillent, se dandinent et dansent un peu. D’autres sautent carrément dans le vide et s’attendent à ce que le filet apparaisse. Les plus fragiles se tiennent par la main. Les plus romantiques s’enlacent tendrement et se laissent emmener l’une par l’autre au fil du temps. Les plus robustes coupent la route aux autres et vont se flanquer dans la première marre venue, surprises de ne rencontrer qu’une faible résistance à leur élan! Certaines autres souhaitent revenir en arrière et remonter le cours du temps. Elles s’arrêtent alors au bord des flaques pour y mirer encore et encore quelques vagues illusions perdues... Mais les plus surprenantes se mettent en pelotes et complotent afin de se tricoter de nouvelles illusions, toutes fraîches, toutes brillantes et toutes plus folles les unes que les précédentes...

Je me laisse envahir, je ferme les yeux. Mes cheveux sont maintenant de véritables lianes qui encerclent et serrent mon coeur. Je ne distingue plus très bien sa couleur d’ailleurs! Mais au fait, de quelle couleur était-il déjà ce coeur? Ah! oui! Cela me revient: au tout début du début du commencement, je crois que je tenais un fil de cette couleur! Je le tenais fermement et il savait où me conduire. C’était comme un jeu.
On jouait, on jouait, je riais, je riais ... Et puis tout à coup ... il a disparu !

J'ai perdu le fil rouge !

J'ai perdu le fil rouge

J'ai perdu le fil rouge